Bribes de voyages

                     

Marcher et écrire

Marcher et écrire pour être pleinement dans une ville, l'explorer par ses pas et son esprit.
C'est ainsi que j'ai tenté de découvrir Budapest : en l'arpentant et en prenant mon stylo pour déposer et organiser mes impressions. Inscrire le résidu de mes déambulations pour ne pas oublier ces façades délabrées, les bords du Danube, ces bars de ruine, la diversité des architectures.....
Budapest n'est pas une ville coquette, les petites boutiques y sont rares, les façades souvent noircies quand elles ne sont pas en ruines. La séduction vient d'ailleurs souvent de ces ruines transformées en bars extraordinaires, à l'ambiance moderne et nostalgique à la fois. L'on transforme ce qui pourrait disparaître et l'on célèbre, protégé par ces murs en décomposition. Pousser la porte d'un immeuble offre souvent le spectacle de patios, de cours immenses qui récompensent l'audace de ce geste. Ce sont des décors cachés que l'on ne peut rencontrer qu'à la grâce d'un habitant sortant d'un édifice, entrouvant alors un portail.
Budapest est une ville qui se protège, qui déteste le clinquant et elle ne s'offrira qu'à mesure que vos pas l'arpentent. C'est alors seulement qu'elle esquissera un sourire, dû au mérite de vos jambes curieuses. C'est alors que la ville cessera d'être triste et que sa vigueur vous sautera aux yeux.
Une ville qui fait la fête dans les marques de l'histoire.
Mon stylo ne pourra terminer ses pas qu'en posant sur le papier le nom du fleuve immense qui s'alanguit entre Buda et Pest : Duna, Danube en français. Je m'installerai face à lui, laissant passer sous mes yeux les bateaux de croisière, les monuments et les collines de Buda, je laverai mes pupilles du noir des façades et jetterai, avant de quitter la ville, un dernier regard à cette jeune femme de pierre brandissant une palme du haut du Mont Gellert, symbole de la liberté retrouvée du peuple Budapestois.
Alexia

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Tout est voyage...

Les portes s'ouvrent, j'entre. Sonnerie stridente. Il fait chaud. Je décide de monter et de m'installer sur une banquette; seule, à côté des vitres que j'abaisse. Ce n'est pas l'heure de pointe. Silence.

Petit frémissement d'air, le train avance dans un bruit continu de matières qui se rencontrent. L'esprit bercé par ce doux vacarme, je me laisse emmener.

Le regard s'éloigne vers l'horizon, pour une fois perceptible. Respiration.
Je tourne la tête vers l'intérieur du wagon, mue par cette curiosité toute humaine...
                                                                                                                                  
                                                             Qui sont-ils?

Tous vont quelque part, tous sont en mouvement. Et c'est au cœur de celui-ci qu'a lieu notre rencontre.
Frôlements de corps, de sacs ou de paquets trop encombrants. Excuses murmurées ou oubliées...
                     Des regards se croisent, timides.
Conscients de notre proximité forcée, un peu gênés, nous n'osons pas toujours la rencontre. Mais elle reste toujours possible, là, suspendue...
Quelques mots s'échangent, des gens en groupe discutent et plaisantent. Éclats de rires.
Une mère pose sur ses genoux un de ses enfants, tandis qu'un autre joue avec son sac à main.
Complicité de certains regards croisés, un sourire s'esquisse entre voyageurs.

Malgré toutes nos différences, tous nos vécus personnels, nous partageons le même espace, la même temporalité dans ce wagon de ReR. Une diversité culturelle et sociale concrète, réelle.
  
      L'Autre est proche, juste là, à côté de moi.

Discussions dans d'autres langues, échanges téléphoniques ostentatoires et intelligibles, nous avons tous besoin de communiquer, d'exister en dehors de nous même ou d'occuper ce temps du voyage jugé  -à tort selon moi- : "mort"!

Musiques, jeux, lectures, films... Peu nombreux sont les oisifs et les rêveurs. Mais ils sont là, aussi.

                                         Tous différents, tous pareils.
Nous avons tous une histoire particulière, une origine et  un devenir. Devenir, qui rejoint pour un bref et précieux instant celui de milliers d'autres: 
                                                                   nous sommes tous en partance...

Ann Mo


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                                         Le Havre

   Avez-vous déjà posé vos semelles sur les trottoirs du Havre ? Et même songé à y fêter la nouvelle année ? Une idée saugrenue ou étonnante dans le meilleur des cas, Le Havre transportant avec elle l’image d’une ville triste, détruite et pluvieuse.
  Pour ma part, je trouve qu’il n’y a rien de plus plaisant pour fêter le passage d’une année à une autre que la pluie, la mélancolie d’une ville détruite en partie durant la guerre et la tristesse du gris des bâtiments. Au moins il n’y a aucune raison de se réjouir et si la joie vous envahit malgré tout, le mérite vous en revient à vous et à la bonne compagnie qui se tient à vos côtés.
  Mais c’est peut-être aussi que l’œil n’étant pas happé par une beauté étouffante, votre âme semble gonfler et s’épandre le long des rues et des rivages havrais. Elle se balade votre petite âme sans avoir besoin de s’extasier toutes les dix minutes sur la beauté d’un bâtiment construit par l’homme ou d’une nature généreuse. J’ai toujours trouvé la beauté canonique ennuyeuse, elle est posée là, n’a rien à vous dire ou à vous demander.
  Au Havre l’homme n’a pas construit des beautés ineffables, il a plutôt détruit et rebâtit en béton armé. La nature n’a rien donné, pour une fois nous n’aurons pas à la remercier. Ni joie ni tristesse, juste un calme vivifiant.
  La cité havraise respire par tous ses pores la survivance et l’éternité. Détruite et reconstruite. Les traces du passé semblent s’être éparpillées dans l’atmosphère devenue mélancolique, aventureuse et éternelle.  L’aventure toujours possible gonfle d’espoir le passant. La mer, le port, les bateaux amarrés dont le chant claque au gré du vent, murmure à ce badaud que si le passé n’est plus, que l’on a survécu, s’embarquer est toujours possible. Que rien ne sert de s’inquiéter, l’on peut survivre et partir.
Alexia

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