Le bioptic « Mercy and love »
Un bon film pourtant, qui retrace
quelques années de la vie de Brian Wilson ,
chanteur des Beach Boys. Quelques années durant lesquelles l'artiste
souffre de dépression, aggravée par
l'emprise qu'exerce sur lui un gourou charlatan. Mais rassurons-nous,
une femme le sauvera. Blonde, grande, l'actrice Elisabeth Bank prête
à la future épouse de Brian Wilson ses traits typiquement
américains.
Si, de notre grossier stylo, nous
souhaitions caricaturer le scénario de ce film , cela donnerait à
peu près ceci : d'un côté un artiste de génie, abîmé par
la vie et tourmenté par des failles ou interrogations
existentielles, de l'autre une femme, belle, assez solide pour sauver
ce génie tourmenté, mais qui n'a connu comme souffrances que celles
de l'amour c'est-à-dire, dans son cas, des souffrance induites par
le sexe masculin. Une femme victime des hommes en quelque sorte.
Et s'il n'y avait pas que notre stylo
de grossier, mais aussi une part de ce scénario qui fait de la femme
un être parfait, maltraité par les hommes, qui telle la Vierge
Marie sauve l'humanité en la personne de BW, artiste mâle de
génie ?
Ce qui est grossier, c'est la fonction
de ce personnage féminin qui n'a pour utilité que celle de sauver
un homme. Aucune substance propre qui permettrait au spectateur
d'apercevoir, même de très loin, un intérêt en lui-même du
personnage.
Et ce qui rend cette grossièreté
particulièrement dérangeante, c'est sa récurrence. Combien de
bioptics mettent en scène des génies tourmentés qui seront au
mieux sauvés, au pire épaulés par des créatures féminines ?
Intéressant de noter que ces génies sont souvent des scientifiques
ou des mathématiciens, ces domaines (sciences et mathématiques)
étant la chasse gardée des hommes, terrain sûrement dangereux pour
les femmes.
Mais si l'on s'aventure sur le terrain
des bioptics féminins, le rapport de force entre les sexes prend une
tout autre tournure. Les femmes artistes sont souvent présentées
comme malmenées par les hommes. Amy Whinehouse, dans le documentaire
« Amy » qui lui est consacré, malgré tout son génie
musical, est entraînée dans les drogues par son mari tandis qu'elle
recherche désespérément l'affection de son père. « Détruite
par les hommes », tel pourrait être le sous-titre de ce
documentaire.
Autre femme de génie, victime sur
l'écran d'un homme qui la détruira par le biais de la passion
amoureuse : Camille Claudel. Dans le film éponyme«Camille
Claudel » , la sculptrice doit lutter contre la présence
écrasante de son amant et rival, Auguste rodin.
Plus récemment dans le film « Big
eyes » , Tim Burton mettait en scène le parcours de la
peintre Margaret Ulbrich qui dut s'affranchir d'un mari dangereux,
prêt à s'accaparer son œuvre.
Les bioptics d'artistes féminins
inscrivent donc souvent sur l'écran, le combat des sexes. Pour
imposer leur œuvre, ces génies féminins doivent lutter contre des
hommes dont pourtant elles sont souvent amoureuses. Ainsi, l'amour,
pour ces femmes artistes, est dangereux, leur faisant courir le
risque d'une soumission validée par la société, quand il ne menace
par de les détruire. Pour imposer leur œuvre, elles doivent
s'affranchir de la présence masculine à travers une lutte
nécessaire. En mettant en scène des artistes au féminin, les
réalisateurs dessinent sur l'écran des figures de la rébellion,
rébellion contre des hommes incarnant les valeurs de la société en
cours. Amy Whinehouse n'arrivera à se défaire ni de son mari, ni de
son père, elle ne luttera pas contre eux, cherchant désespérément
leur amour, elle en mourra. La lutte, le combat est donc une
condition nécessaire à la survie des artistes, féminines.
Les artistes ou intellectuelles qui
n'ont pas à mener de lutte intime pour s'imposer sont celles qui
sont déjà durablement installées dans leur vie de couple. Prenons
l'exemple d'Hannah Arendt telle qu'elle est présentée dans le film
éponyme. Son foyer lui offre un apaisement nécessaire tandis qu'
elle combat dans la sphère publique pour imposer ses idées. Comme
beaucoup d'hommes.
Enfin, il ne faudrait pas oublier que
la plupart des bioptics sont réalisés par des hommes. Il serait
sûrement intéressant que les femmes s'emparent de ce genre pour
qu'émerge un point de vue féminin sur ces vies qui ont faire
l'histoire.
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L'habit au travail
Examinons, à petits pas discrets, la
question futile ou non, de l'habit au travail.
Chaque matin, la main glisse dans
l'armoire, tâtant les tissus jusqu'à élire l'habit qui sera celui
du jour. Une jupe ou un pantalon, une chemise ou un pull, autant de
vêtements qui s'étalent telles des cartes que nous jouons durant
nos heures professionnelles. S'habiller est alors un jeu, un
spectacle offert.
Le quotidien devient un événement,
réenchanté par la carte de l'habit choisi. Car l'effort de se vêtir
apporte quelques notes de glamour, c'est-à-dire de spectacle et de
joie à la routine du travail , qui
refuse la neutralité et signe un
style, quelques notes qui sont nôtres, et parfois différentes selon
le jour.
Afficher un style, souvent le sien, au
travail est un plaisir certes, mais qui suppose un effort. Si le
week-end est le temps du relâchement, vestimentaire ou social, celui
du travail est celui qui concentre les tensions dont l'effort
vestimentaire se fait l'écho. S'habiller c'est donc aussi contrôler
son image, dont le reflet nous protégera et enfermera à l'image du
cadre du travail qui nous assigne une place dans la société, tout
en nous y astreignant.
Finalement, au travail, je m'habille
dans la projection du regard des autres et pour mieux m'en protéger...
---------------------------Et la musique des cafés...
De plus en plus fort, de
plus en plus souvent, la musique s'impose à nous dans les lieux
publics. Quelque soit le genre, les sons abusent de leur autorité
dans ces cafés où nous tentons de lire, écrire ou discuter.
De nos
jours, dénicher un café sans musique est presque tâche impossible,
comme si le silence dénudait les lieux. La musique devient alors une
marque qui signe l'intérêt de l'endroit, elle singularise le café
et participe à la création de son ambiance. Mais son omniprésence
rend cette ambiance envahissante et systématique, une ambiance
devenue une stratégie marketing.
Car on
monte le volume pour nous pousser à l'oubli et à la consommation.
Le client devient alors ce passant des rues de Las Vegas, traversées
par une musique continue, qui fait perdre la notion du temps et
entraîne à consommer sans fin. Le silence c'est le degré zéro de
la consommation, le refus de l'ambiance, la plongée en soi. Le
silence accompagne, lorsque la musique des cafés arrache à soi.
Une
violence nous est faite par ces bruits multipliés des lieux publics,
la nuit ou le jour une main monte le volume et nous embarque dans un
univers dont nous ne voulons pas, pour mieux nous éloigner de
nous-même. Le bruit volontaire interfère dans nos pensées et nos
discussions, il y pénètre et nous en dépossède.
De nos
jours le silence est un paradis perdu, retrouvé il nous fera
reprendre le chemin de notre être.
Alexia
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Voyage
Le
mot "voyage", un mot poursuivi par la poudre du fantasme et
des rêves, peut-être même un fantasme lui même.
"Voyage",
sorte de boîte de Pandore, pierre de touche d'une quantité d'autres
mots dont le sens est bien défini tandis que celui de "voyage"
s'éloigne de loin en loin, faisant alors le miel des artistes.
Retour
à l'étymologie. "Voyage" vient du latin "viaticum"
qui désigne les provisions pour le voyage, "viaticum"
étant lui même issu de "via", la route. Voyager c'est
donc étymologiquement "prendre la route", " se
déplacer d'un endroit à un autre".
Si
l'on écoute attentivement ces définitions, l'on entendra que
voyager ne sous entend pas un but, ne suppose pas une destination
précise. Plutôt qu'un but, le voyage fera émerger des
conséquences.
En
effet les voyages, et c'est enfoncer une porte ouverte que de
l'écrire, permettent de se connaître soi-même, bien plus encore
que la région que l'on parcourt, de connaître aussi ceux qui
partagent notre périple. Ils s'apparentent ainsi à une pratique
d'hygiène de vie, un exercice philosophique, si l'on considère que
se connaître permet d'accéder à plus de sagesse.
Et
l'évasion, but ou conséquence du voyage ? L'on part souvent pour
s'évader, c'est-à-dire quitter ses repères, se dépayser,
découvrir ce qui est autre. Mais l'on peut trouver l'évasion alors
que l'on ne l'attendait pas. L'on peut même la rencontrer sans
partir, est-ce alors encore un voyage ? Peut-on voyager simplement en
rêvant ?
Beaucoup
de poètes l'ont pensé….
Les
conséquences du voyage plutôt que son but, parce qu'il ne se
prépare pas, il se prolonge. Le vrai voyage serait peut être celui
qui bouleverse, qui permet un déplacement de l'être et de l'âme.
Une aventure qui demande disponibilité et ouverture.
Le
voyage s'inscrit dans notre histoire, devient expérience, on le
garde en soi, il demeure inscrit en nous.
Voyager
n'est pas toujours aller loin, n'est pas forcément visiter, ne
s'organise pas. c'est une sortie de route, une invention de sa vie,
il n'est pas facile mais c'est un cadeau inoubliable.
Alexia
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Enseignant un métier paradoxal
Interrogez un quidam à propos du métier
de professeur, il vous répondra certainement qu'il s'agit d'un métier plutôt
tranquille (les vacances bien-sûr, le nombre restreint d'heures à effectuer...)
mais que malgré tout, il ne voudrait pas exercer cette profession...paradoxal
non ?
Et ce paradoxe de l'opinion sur le métier
reflète bien tout ce qui constitue le travail même du professeur.
Voyons voir…
L'entrée en classe tout d'abord, ce temps
du lâchage des tensions, où en prenant le temps d'instaurer le calme dans votre
salle, vous permettez aux élèves de comprendre qu'ils pénètrent dans un autre
univers que celui de la récréation ou de la rue, qu'ils rejoignent celui du
cours, de votre cours en particulier. Si l'on ne cesse d'imposer des cadres à
l'école ( à chaque enseignant son cadre ), c'est pour mieux se rapprocher de
l'univers qui nous entoure, celui dans lequel les élèves devront évoluer…Or,
l'on doit pour cela se rapprocher de ce qui fait leur quotidien, ce qui
constitue leurs idées pour les sortir de certains schémas de pensée. Ce
va-et-vient entre leur univers et l'ensemble de ce que le professeur a à
transmettre permet de faire du cours un
espace de vie, un espace vivant puisque l'échange s'y produit. Le cadre du
cours devient alors un cadre privilégié, apaisant et qui offre, dans le
meilleur des cas, des armes aux adolescents pour affronter le monde qui les
entoure.
Un autre paradoxe: cet élève n'est pas
une belle image au sourire constant scotché au visage, en fait la plupart des
élèves ne cesse de sortir du cadre instauré. Et c'est précisément à ce moment
que notre cher professeur doit oublier le cours magistral, magister d'un côté, "condiscupulus"
de l'autre. Or, je crois bien que dans chaque enseignant se niche un fantasme
de cours magistral, les élèves se taisent ou participent à des moments bien
choisis, le magister enseigne. Finalement, cela nous échappe souvent, derrière
chaque élève se cache un être humain. Et l'humain déborde du cadre. Alors, toute
la difficulté réside dans l'équilibre à trouver entre les individualités, les
humanités disséminées dans la classe et les rôles à jouer d'élève et de
professeur. Jouer son rôle tout en gardant ce qui fait notre personnalité.
Chacun sa place mais l'échange se produit.
Enfin, dernier paradoxe, une fois cet
échange installé, et un rapport de confiance établi, la transmission du savoir
se produit mais le professeur, lui aussi, apprend. Avoir suffisamment assis sa
position lui permet de passer d'une place à l'autre. Et c'est à cet instant que
le plaisir s'invite et que le mot "travail" prend tout son sens.
Ce mot fameux que l'on ne cesse de
prononcer ou d'écrire au collège: "manque de travail ",
"travaille"...Trop utilisé pour que le sens en soit clair... Or, le
travail doit s'allier à la facilité. Qu'est-ce à dire ? Eh bien, l'enseignant
doit "lâcher" quelque chose, sa place magistrale, ses certitudes,
d'autres choses que je ne conçois pas encore...Il donnera ainsi l'impression à
ses élèves que, ce qu'ils apprennent, ils le savent déjà, et d'ailleurs
n'est-ce pas un peu vrai ?
Ainsi, le plus beau paradoxe du métier
d'enseignant, serait que, dans le meilleur des cas, les cadres instaurés à
l'école, l'aspect répétitif du métier, ne serviraient peut-être qu'à faire advenir
l'inattendu, la particularité de chacun au service du groupe.
Alexia
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Culpabilité...
Si ces ouvrages sont si répandus, c'est bien que quelque part, le sentiment de culpabilité maternelle l'est aussi. Plus qu'avant ? Je ne le sais pas et n'ai pas réfléchi à la question.
Ce que je ne sais pas non plus, c'est si ce sont les autres qu'il faut incriminer pour leurs différentes remarques ("Tu ne lui as pas mis ses gants ? Tu ne l'as pas changé ? Ah bon, elle n'est pas encore couchée?!) ou si c'est ma susceptibilité et ma mauvaise réception de ces différentes remarques.
Et il y a bien un petit autre, qui vous suit toujours à la maison, ce "petit autre", c'est votre compagnon, le père de votre enfant. Celui-là même qui s'étonne que vous n'ayez pas encore pris rendez-vous pour la radio de votre enfant, que vous n'ayez pas été déjà chercher un billet de train pour les prochaines vacances, que vous ne soyez pas passé au marché…car les reproches s'étendent à tout le champ du domaine intérieur. Il n'est pas méchant votre compagnon, soyons bien claire. Il est même charmant et moderne. Mais quand même…le congé maternité de trois mois, qui vous est attribué, justifie que vous accomplissiez quelques tâches qui ne sont pas du ressort de l'homme au travail.
C'est alors que s'abat sur vous la lourde responsabilité maternelle, la société prenant bien soin, par le moyen de ce merveilleux congé maternité, de placer sur chacune de vos épaules ce formidable poids.
Vous êtes en congé, vous devenez donc le référent principal de votre enfant aux yeux des autres, de la société et surtout à vos propres yeux.
C'est alors qu'après avoir été étonnée d'être devenue, à votre insu, une femme d'intérieur qui veille sur son foyer, vous vous surprenez à vouloir être bien vue de ceux qui pourraient porter un regard inquisiteur sur votre relation à votre enfant. Je me suis ainsi surprise à surjouer la bonne mère aimante et détendue auprès de la pédiatre, à m'excuser platement auprès de ma nounou pour n'avoir pas changé la petite comme je l'aurais dû…
Bref, quand vous êtes mère, vous ne cessez de vous justifier auprès des autres et de vous-même.
Prendre du temps pour soi, c'est très bien, tout le monde vous le dira. Et d'ailleurs vous le faites. Mais vous ne pouvez vous empêcher de penser que vous avez peut-être tord, que prendre du temps pour soi, c'est ne pas assumer totalement ses responsabilités.
Et il est assez curieux de constater que votre compagnon n'éprouve pas du tout les mêmes remords. Qu'il prend beaucoup plus facilement que vous du temps pour vaquer à ses petites affaires. C'est alors que vous comprenez qu'être mère, c'est aussi être seule comme le sont toujours un peu ceux qui ont une responsabilité.
Il me semble que beaucoup de mères éprouve cette petite injustice de la répartition des responsabilités.
Pourtant j'aimerais résoudre cette équation entre liberté et maternité. Et malgré la culpabilité continuer à prendre du temps pour moi donnant ainsi à ma fille l'envie d'être adulte et femme.
J'aimerais y parvenir…
Alexia
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AVANT...
Bon, alors,
comment dire ?
Autant
l'écrire.....
Voilà
Dans quelques
jours, peut-être demain je serai maman-ou peut-être le suis-je déjà ?
Je suis enceinte.
Enfin je ne le
suis déjà presque plus.
Presque plus
enceinte et pas encore mère. Autant dire un passage propice à une multitude de
questionnements...
Comment
m'empêcher de penser que je serai propulsée à l'extérieur au même moment où ma
fille naîtra au monde ? Sensation que l'état contemplatif de la grossesse
s'achèvera à cet instant, que la méditation avec soi-même, le rapport
privilégié et intérieur avec son enfant s'éteindra quand celui-ci verra le
jour.
Je serai propulsée
à l'extérieur peut-être hors de moi-même et l'on me prévient que je ne
m'appartiendrai plus totalement.
Et cela me
questionne, moi qui m'apprête à élever un enfant. Se réapproprier sa personne
passerait-il par une organisation bétonnée ? Si j'ai bien compris toutes
les mamans qui m'entourent, le temps s'organise, se compartimente, les grandes
plages blanches et libres disparaissent en fumée. On est porté par ses
responsabilités et obligations, les nécessités intérieures sont souvent tues.
Me faudra t-il programmer ces moments où je
vais me retrouver seule, alors que le besoin de solitude ne se programme pas,
il vient vous chatouiller sans que vous puissiez le contrôler ? Il
faudrait alors faire entrer le temps intérieur dans un de ces compartiments ?
Faire barrage aux nécessités intérieures par une organisation qui impose des
limites et préserve notre personne.
Reste qu'une
petite coccinelle me dit qu'en devenant mère, peut-être les frontières entre
extérieur et intérieur s'effacent-elles ? La vie construite par ces actes
quotidiens portés à son enfant devient méditation. Les actions concrètes et
extérieures nourrissent l'âme, construisent une vie qui est aussi intérieure et
que l'on peut alors déposer dans l'univers.
APRES...
Une petite suite à
vous proposer au coin de la bouche.
Enceinte, je ne le
suis plus du tout.
Voici plusieurs
semaines que j'ai accouché.
Egrenons quelques
clichés: depuis que je suis maman je sens bien que j'aborde une nouvelle étape
de ma vie, qu'il s'agit à la fois, et comme souvent, d'une aventure et d'un apprentissage.
Comme je l'avais
pressenti, il me semble que le plus gros changement est le rapport au temps. En
devenant mère, c'est une certitude à présent, votre temps ne vous appartient
plus totalement, ce que vous devez laisser quelque part derrière vous et dont
vous devez faire le deuil, c'est un peu de votre moi d'avant et beaucoup de vos
heures. La liberté qui vous est retirée, c'est celle de disposer à votre guise
de longues plages blanches temporelles.
On reconstruit alors
son quotidien. Le temps devenant une denrée rare qui file et se condense,
il faut faire preuve à la fois
d'imagination et d'organisation pour rencontrer un équilibre entre ce que l'on
donne à son enfant et ce que l'on conserve de ses passions, intérêts, de son
moi d'avant.
Lors de mes premiers
temps vraiment libres, quand ma mère ou
mon compagnon gardait notre enfant, une sensation d'urgence frénétique me
saisissait. Une multitude d'envies me venait, prendre un café, écrire, marcher
dans un parc, mater un film...
S'est posé alors la
question du choix. Quelles activités me faisaient le plus envie.? Au début, on
prend sans réfléchir: entrer dans tel magasin parce qu'il est à côté de la
maison, prendre un chocolat dans ce café parce qu'on n'a pas eu le temps
d'aller plus loin dans Paris…. Puis, peu à peu, on s'organise, on programme, on
décide de l'activité la plus importante pour nous et l'on jongle alors entre
les activités nécessaires pour le quotidien ( courses, démarches administratives
), son esprit ou son âme ( écriture, lecture) et son plaisir ( copines, café,
resto….) . De ce jonglage naît un équilibre qui, s'il est bien installé, permet
au plaisir d'inonder toutes les strates de votre vie.
Et parfois je suis
étonnée. Des temps libres surgissent, des temps improductifs s'immiscent dans
cet équilibre. Des temps d'errance de l'esprit, qu'il faut cueillir et
accueillir, reconnaître, savourer.
Mais manque à cet
équilibre un temps pourtant accaparant, celui du travail.
En effet,
actuellement je suis en congé maternité, mon temps est pleinement le mien ou
celui de mon enfant. Or, dans quelques semaines il me faudra le partager avec
la société.L'équilibre se modifiera. Beaucoup de femmes sont impatientes, après
leur congés maternité, de retrouver leur travail pour sortir de leur rôle de
femme d'intérieur, et retrouver un moi social, un rôle à l'extérieur.
Je puis comprendre
cela. Durant les premiers temps avec ma petite, je me sentais enfermée, isolée
et avais hâte de reprendre mon travail d'enseignante. Mais, à présent qu'un
équilibre s'est installé cet enfant représente pour moi une ouverture à
l'extérieur, un pas en avant vers les autres. Observer mon enfant à la
découverte de la vie me relie à l'humanité.
Quelle place alors
accorder à mon travail. Comment va-t-il pouvoir s'insérer dans l'équilibre
trouvé ? Questions qui commencent à pointer le bout de leur museau…
Interrogations qui permettent aussi de redéfinir la valeur que j'accorde à mon
travail.
Et je ne sais pas
pourquoi, un paralelle se met en place dans un coin de ma tête de jeune mère.
Si avoir un enfant est aussi un acte de générosité, que son temps on le donne
en partie à son enfant, n'en serait-il pas de même pour le travail ? Au delà du
salaire accordé, on donne de son temps à son métier et quand ce métier nous
plaît, l'on y trouve son compte. C'est donc un peu de ce même équilibre, entre
soi et les autres qu'entre soi et son
enfant qui se crée. Surprenant alors de concevoir que donner de son temps à son
métier à quelque part à voir avec la générosité, cette même générosité nécessaire
à la bonne éducation d'un enfant….
Alexia
Ulysse et les femmes
En tant que professeur de français je fais étudier chaque année
L’Odyssée à mes élèves de 6èmes.Les figures féminines qui apparaissent
dans cette œuvre sont pour la plupart dangereuses. Circé, Calypso, les
sirènes, autant de femmes qui surgissent sur la route d’Ulysse,
l’endorment, le tentent par leurs charmes, mettant ainsi en péril son
retour à sa patrie, Ithaque.
Dans L’Odyssée, ces femmes dangereuses sont
des magiciennes ou des déesses, leurs charmes sont littéralement
magiques.
Il me semble que cet imaginaire a été repris par toutes ces femmes
fatales et vénéneuses qui apparaissent au cinéma, notamment dans les
polars américains des années 50, on pense au professeur Rath qui dans le
film L’ange bleu tombe dans la déchéance à la suite de son mariage avec
Lola Lola. Sans oublier, pour les précéder, les figures littéraires de
Carmen, femme fatale par excellence puisqu’elle mène Don José à la mort.
Les charmes de ces femmes ne sont plus magiques mais tout autant
dangereux.
Cet imaginaire me paraît être résiduel dans bien des cerveaux
masculins. Beaucoup d’hommes, et de femmes, associent l’univers masculin
à l’authenticité, la fameuse franchise de la camaraderie masculine et
la féminité au mystère jamais très éloigné de la duperie...
Jouer de son
charme, de sa fragilité, feinte ou réelle, a longtemps constitué
l’unique moyen pour la gente féminine d’obtenir un pouvoir social.
Puisque le pouvoir appartenait aux hommes, en passer par eux pour
l’obtenir était le plus facile. Jouer de ses charmes n’est certes pas
très noble mais fort excusable et à imputer à la société telle qu’elle
était constituée. Et choisir la facilité n’est pas féminin mais bien
humain.
D’autre part, à y regarder de plus près, quel est ce droit chemin dont ces femmes dangereuses détournent les hommes ?
D’autre part, à y regarder de plus près, quel est ce droit chemin dont ces femmes dangereuses détournent les hommes ?
Elles empêchent Ulysse de retourner à Ithaque, elles mènent le
professeur Rath à la déchéance bref elles détournent l’homme de son rôle
social, de son devoir, de ce que sa moralité lui impose.
N’incarnent-elles pas ainsi la partie mystérieuse de notre être qui
résiste à l’extérieur, à la route imposée, celle qui voudrait bien
prendre un autre chemin ? Ces femmes seraient alors peut être à placer
au delà du féminin-masculin, une part de nous mêmes qui échappe à notre
conscience. Elles sont le danger choisi, celui que l’on décide, sans que
notre raison l’avoue, de suivre pour qu’une part de nous, inconnue,
survive.
Alexia
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A première vue, cette impression est peut être liée au fait que nous exposons plus librement nos questionnements, nos angoisses que nos confrères les Hommes, plus discrets sur le sujet…Mais revenons à cette question, à ce perpétuel dialogue intérieur qui s’exprime différemment chez chacune, mais se ressent terriblement …Toutes les extrapolations, les doutes, les interprétations perçues lors d’échanges le révèlent trop.
Nos confrères sont atteints des mêmes "mots/maux", mais semblent s’approprier autrement les interrogations intrinsèques à l’Humanité. Ils paraissent s’habituer plus facilement à la permanence du doute et à la possibilité du néant, cherchant à en comprendre tous les rouages, comme pour triompher de l’invincible (en démontant par exemple enfant une petite voiture pour comprendre pourquoi elle roule…)
Ce sentiment quelque peu chevaleresque, qui semble les animer, n’est pas sans fondement et cette entrée peut nous amener à élucider un peu notre question. Femmes, nous avons grandi dans la peur, avec la pensée omniprésente que l’Homme nous était indispensable, car nous étions trop fragiles pour pouvoir vivre seule et avions besoin d’un héroïque protecteur.
Ce conditionnement a bien des limites, je ne vous l’apprendrai pas, puisque toutes, nous avons au minimum une fois dans nos vies, dû seule – trouver une solution rapide et efficace pour nous extirper de situations plus que délicates et nous avons alors constaté l’absence d’un preux chevalier à nos côtés… (Quel dommage !) Mais quel plaisir alors de se rendre compte que nous avons seules survécu, si par chance cet épisode funeste ne fut pas un échec!
Il a fallu bien du courage et bien des siècles pour être à même de penser autrement ; si nous ajoutons à ce discours ambiant stupide – relayé dans bien des contes de fées- les propos abjects écrits dans les textes, appelés fondateurs et qui pour moi n’ont posé que les premières pierres d’un vilain édifice, que nous pourrions appeler : « l’autel de la discrimination, du sexisme et de l’intolérance ».
Et je n’en remercierai jamais assez par la pensée mes prédécesrices (et encore un nom qui n’a pas de féminin, tant pis je le mets quand même!), qui ont lutté pour nous toutes.
Merci à Elles.
L’(a quasi )absence des femmes dans l’histoire des arts, des sciences etc. jusqu’à une époque, pas si lointaine, est le triste aveu que la lutte fut longue et sans merci !! Le droit de vote des femmes ne s’est généralisé qu’au XXème siècle dans bien des pays, rappelons la date en France : 1948 !
Les réticences de nos chers politiques (et co-citoyens !) à faire confiance aux femmes en sont malheureusement encore les manifestations actuelles et la honteuse politique des quotas un mal nécessaire pour imposer une réelle disparité dans la représentation du Peuple!!
J’arrêterai là liste de toutes les preuves du sexisme préexistant, car elle serait trop longue!
Le « pourquoi nous sommes si angoissées » est, me semble-t-il, beaucoup lié à cette histoire collective consciente et inconsciente, qui est basée sur un fort sentiment d’infériorité, bien trop généralisé et entretenu ; car s’il est vrai que nous aurions dû mal à nous battre contre un grand gaillard d’1m90n (et certains hommes aussi!), nous sommes néanmoins tout à fait capables de nous sortir de bien d’autres situations !!!
Maintenant, en toute connaissance de causes, quels sont les moyens de vaincre ce sentiment de fragilité inscrit à jamais en nous-mêmes ???
Un sentiment de confiance pourrait être à même de nous rassurer, car nous avons perpétuellement besoin de l’être ; nos pauvres confrères, qui nous supportent au quotidien, en font d’ailleurs parfois les frais…
Alors, n’ayons plus peur de rien!! Nous sommes toutes capables de vivre sereinement et de faire de belles choses. Nous avons aussi le droit à l’erreur et au bonheur, comme tous les êtres humains. Et nous avons beaucoup de chance d’être nées en France et pas en Afghanistan…
N.B :
*Bon plan : une association à Paris oeuvre dans ce sens (« même pas peur ! ») et propose des cours de bricolage aux filles, cela s’appelle les « Lilibricoleuses »
http://www.lilibricole.com/foire-de-paris-cours-bricolage-coaching-deco
Il existe bien d'autres sites, collectifs qui travaillent dans ce sens, il faut continuer le combat!
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Pourquoi sommes- nous si «angoissées de la vie » ?
A première vue, cette impression est peut être liée au fait que nous exposons plus librement nos questionnements, nos angoisses que nos confrères les Hommes, plus discrets sur le sujet…Mais revenons à cette question, à ce perpétuel dialogue intérieur qui s’exprime différemment chez chacune, mais se ressent terriblement …Toutes les extrapolations, les doutes, les interprétations perçues lors d’échanges le révèlent trop.
Nos confrères sont atteints des mêmes "mots/maux", mais semblent s’approprier autrement les interrogations intrinsèques à l’Humanité. Ils paraissent s’habituer plus facilement à la permanence du doute et à la possibilité du néant, cherchant à en comprendre tous les rouages, comme pour triompher de l’invincible (en démontant par exemple enfant une petite voiture pour comprendre pourquoi elle roule…)
Ce sentiment quelque peu chevaleresque, qui semble les animer, n’est pas sans fondement et cette entrée peut nous amener à élucider un peu notre question. Femmes, nous avons grandi dans la peur, avec la pensée omniprésente que l’Homme nous était indispensable, car nous étions trop fragiles pour pouvoir vivre seule et avions besoin d’un héroïque protecteur.
Ce conditionnement a bien des limites, je ne vous l’apprendrai pas, puisque toutes, nous avons au minimum une fois dans nos vies, dû seule – trouver une solution rapide et efficace pour nous extirper de situations plus que délicates et nous avons alors constaté l’absence d’un preux chevalier à nos côtés… (Quel dommage !) Mais quel plaisir alors de se rendre compte que nous avons seules survécu, si par chance cet épisode funeste ne fut pas un échec!
Il a fallu bien du courage et bien des siècles pour être à même de penser autrement ; si nous ajoutons à ce discours ambiant stupide – relayé dans bien des contes de fées- les propos abjects écrits dans les textes, appelés fondateurs et qui pour moi n’ont posé que les premières pierres d’un vilain édifice, que nous pourrions appeler : « l’autel de la discrimination, du sexisme et de l’intolérance ».
Et je n’en remercierai jamais assez par la pensée mes prédécesrices (et encore un nom qui n’a pas de féminin, tant pis je le mets quand même!), qui ont lutté pour nous toutes.
Merci à Elles.
L’(a quasi )absence des femmes dans l’histoire des arts, des sciences etc. jusqu’à une époque, pas si lointaine, est le triste aveu que la lutte fut longue et sans merci !! Le droit de vote des femmes ne s’est généralisé qu’au XXème siècle dans bien des pays, rappelons la date en France : 1948 !
Les réticences de nos chers politiques (et co-citoyens !) à faire confiance aux femmes en sont malheureusement encore les manifestations actuelles et la honteuse politique des quotas un mal nécessaire pour imposer une réelle disparité dans la représentation du Peuple!!
J’arrêterai là liste de toutes les preuves du sexisme préexistant, car elle serait trop longue!
Le « pourquoi nous sommes si angoissées » est, me semble-t-il, beaucoup lié à cette histoire collective consciente et inconsciente, qui est basée sur un fort sentiment d’infériorité, bien trop généralisé et entretenu ; car s’il est vrai que nous aurions dû mal à nous battre contre un grand gaillard d’1m90n (et certains hommes aussi!), nous sommes néanmoins tout à fait capables de nous sortir de bien d’autres situations !!!
Maintenant, en toute connaissance de causes, quels sont les moyens de vaincre ce sentiment de fragilité inscrit à jamais en nous-mêmes ???
Un sentiment de confiance pourrait être à même de nous rassurer, car nous avons perpétuellement besoin de l’être ; nos pauvres confrères, qui nous supportent au quotidien, en font d’ailleurs parfois les frais…
Mais d’où peut venir ce sentiment de confiance ?
D’une prise de conscience quotidienne du chemin parcouru à la fois collectivement
et individuellement. En regardant un peu objectivement, dans la mesure
du possible, nos vies et ce que nous avons déjà réalisé : les examens
réussis, les rencontres faites, la pertinence de certaines de nos
réflexions, le cheminement intérieur, les œuvres créées, les relations
d’amitié nouées, le soutien apporté, les relations sentimentales vécues, ainsi que tout ce que j’oublie de
nommer…Alors, n’ayons plus peur de rien!! Nous sommes toutes capables de vivre sereinement et de faire de belles choses. Nous avons aussi le droit à l’erreur et au bonheur, comme tous les êtres humains. Et nous avons beaucoup de chance d’être nées en France et pas en Afghanistan…
Anne Morgane
N.B :
*Bon plan : une association à Paris oeuvre dans ce sens (« même pas peur ! ») et propose des cours de bricolage aux filles, cela s’appelle les « Lilibricoleuses »
http://www.lilibricole.com/foire-de-paris-cours-bricolage-coaching-deco
Il existe bien d'autres sites, collectifs qui travaillent dans ce sens, il faut continuer le combat!
Enseignant un métier paradoxal: http://maragoyet.blog.lemonde.fr/2013/06/15/ne-jamais-rester-seul-avec-un-eleve/
RépondreSupprimerAnne.C
Je réagis ici à ton beau texte sur le voyage, qui me parle. En y réfléchissant (vite, et peu, sensation ponctuelle, donc), il me semble que, et c'est cliché que de le dire, les plus grands voyages sont immobiles, ou tout au moins, intérieurs, cérébraux. Mais je crois que pour le corps, il faut un autre lieu que le coin de la rue tout en restant paradoxale et en affirmant que le coin de la rue peut être bien loin de soi. Ce n'est pas effet de style que sembler, ainsi, dire quelque chose et presque son contraire, c'est affirmer, une fois de plus, en posant des questions, c'est d'ailleurs ce que tu fais aussi, qu'il y a peu d'affirmations possibles, et que la sensation, le ressenti, ce sont vraiment affaires d'individualité. Ce qui est parfois angoissant, mais ouvre, infiniment, sur la richesse et la complexité de l'être. Je te souhaite une très belle semaine.
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