Mots et Photos


Galerie Camera Obscura

Denis Dailleux

Ghana

Si se rendre à une exposition de photographies est une expérience, alors celle de Denis Dailleux est celle du recueillement. Circuler dans la galerie Camera Obscura à la découverte des clichés du photographe développe dans l’air et dans le visiteur un sentiment de calme et de sérénité. Et si les murs noirs et le dépouillement des lieux n’y sont pas pour rien, force est d’imaginer que ce recueillement, cette sérénité et ce calme émanent  tranquillement de chacune des photographies exposées.
Et au centre de toutes, les personnages, habitants pauvres et dignes du village ghanéen dans lequel Denis Dailleux s’est immergé durant plusieurs mois. Leur pauvreté n’incite pas à la pitié et jamais leur regard plongé ou non dans celui du visiteur n’implore une quelconque aide. Le photographe confère à ces habitants une stature, une dignité d’hommes et de femmes qui ne subissent pas leur environnement.
Denis Dailleux ne saisit pas sur le vif, les habitants posent devant lui comme devant un peintre, créateur qui prend le temps que ces hommes méritent. Et la lenteur du photographe sied certainement à celle du village, dont la vie semble figée, une femme dit elle-même que les heures s‘écoulent lentement et que les gestes se répètent dans ces foyers de pêcheurs. Ce temps pris pour eux leur donne une dignité comparable à celle des tableaux classiques occidentaux. Chacune des œuvres exposées semble nous dire que, pour qui prend le temps de regarder, cette vie pauvre recèle une beauté classique et sereine, celle-là même que les maîtres européens créaient du bout de leurs pinceaux.
Coupés de l’occident, du monde moderne, figures sereines du peintre-photographe, les pêcheurs et les femmes du village sont alors les rois de leur environnement.

Alexia


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Exposition Diane Arbus

 Jeu de Paume



Je ne connaissais pas très bien cette grande photographe américaine, je ressentais simplement, après avoir regardé quelques clichés, une certaine violence et une provocation certaine émanant des corps et des regards face à moi. Sans pouvoir l’expliquer, le développer….
Quand j’ai appris qu’une grande rétrospective lui était dédiée au Jeu de Paume, l’attirance a fait son œuvre et je me suis retrouvée place de la Concorde.
Dès la première salle je surprends une conversation qui m’interpelle entre deux dames bien comme il faut :
-        C’est choquant !
-        Oui j’aurais mieux fait de ne pas y aller !
Un sourire s’est dessiné d’une manière irrépressible sur mes lèvres, impossible de ne pas penser combien Diane Arbus aurait été heureuse d’entendre ces deux dames !
Photographe reconnue, exposée dans un lieu officiel comme le Jeu de Paume, Diane Arbus choque, dérange, perturbe,  n’est-il pas plus belle reconnaissance pour une artiste ?!
Et, c’est vrai, à s’arrêter devant chaque œuvre de cette femme, à traverser les différentes salles de l’exposition, ce n’est pas un sentiment de confort qui vous saisit, mais bien plutôt un certain malaise. Tous ces yeux qui vous fixent, ces corps exposés sur les clichés ne sont pas là pour se faire aimer. Aucun bienheureux humanisme ne s’échappe des différents portraits. Les travestis, les nains, les enfants, les couples donnent l’impression d’avoir été saisis au plus près par l’artiste, qu’elle les a côtoyés, s’est fondu en eux mais que face à nous, le regard plongé directement dans le nôtre, ils sont radicalement différents. Diane Arbus ne photographie pas des êtres à la marge pour signifier béatement combien finalement celui qui est différent est proche de nous. Non visiteur, tu as bien raison, ce nain, ce travesti, cette femme, ce n’est pas toi.  Et ces mots sous-jacents, à chaque cliché, choquent, dérangent celui qui cherche le rapprochement rassurant.
Les êtres photographiés sont donc fiers et maintiennent une distance aves le visiteur. Cela est vrai aussi d’un portrait d’une féministe exposé dans une des dernières salles. Son visage en gros plan, sa crinière qui laisse à penser qu’elle est rousse, le regard déterminé qui plonge dans le vôtre, les stigmates de la peau, voilà ce que le visiteur prend en pleine figure. Tout explose lentement, la volonté, la détermination, le combat, la réflexion ( le doigt de la femme est courbé dans la position du penseur, collé contre la bouche) peut-être la violence….Un portrait qui laisse à penser qu’elle combattra encore…. 

Alexia

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